Quelques voisins asiatiques

Observations faites dans le Royaume de Siam par les Mathématiciens du roi

comptes-rendus d'observations des Mathématiciens du roi, au cours de leur voyage (Cap de Bonne-Espérance) puis auprès du roi de Siam

Les Jésuites français, tout d’abord, ne peuvent pénétrer dans l'empire chinois qu'en l'abordant depuis le Siam (actuelle Thaïlande). Car l’Oiseau, navire qui quitte Brest en 1685 emportant à son bord les Mathématiciens du roi, a pour principale fonction de renforcer la position du souverain de ce royaume, Phra Naraï, contre la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Il est donc convenu que les missionnaires feraient par leurs propres moyens le trajet du Siam à Pékin. Outre un récit détaillé et illustré de leur voyage en « somme chinoise » (« un genre de bâtiment à varangue plate »), Delisle conserve ainsi le compte-rendu par le Père Fontaney d’une éclipse de lune, observée en décembre 1685 en compagnie du roi de Siam en son château.

 

 

 

Observations astronomiques et physiques des Mathématiciens du roi envoyées à l’Académie royale

le récit par les Mathématiciens du roi de leur voyage de Siam en Chine (p. 45 sq. d'une liasse d'observations envoyées à l'Académie - leur journal commence à la 31e image de la numérisation)

 

Si Fontaney et les Mathématiciens ont ainsi eu l'occasion de faire connaissance avec un voisin méridional de la Chine, c’est surtout vers l’Est que leur successeur, Antoine Gaubil, tourne son regard. Dans ses Mémoires sur le Japon et la Corée, dont Delisle reçoit une copie en 1752, le missonnaire s’efforce de déterminer la longitude de Nagasaki, présente une carte où l’on peut distinguer les côtes du Royaume de Corée, et décrit sur une vingtaine de pages « les îles que les Chinois appellent Iles de Lieou Kieou », actuel archipel Ryūkyū (dont fait partie Okinawa), qui est à l’époque un royaume indépendant.

 

Mémoires sur le Japon et la Corée

les îles Ryūkyū, dans les Mémoires sur le Japon et la Corée du Père Gaubil

 

Les recherches astronomiques du Père Gaubil non plus ne s’arrêtent pas aux frontières de la Chine. On trouve dans les manuscrits envoyés à Delisle des documents relatifs à une autre grande tradition d’observations : celle de l’Inde. Reçu en 1752, le manuscrit original du Père François-Xavier Duchamp sur l’astronomie indienne [1] vient combler une vieille attente. Dès 1738, dans la lettre déjà mentionnée où Delisle fait part à Fréret de son intérêt pour les recherches du Père Gaubil, il ajoute en effet : « surtout depuis qu’il nous a donné l’espérance qu’il joindra à ses découvertes sur l’astronomie chinoise celles de l’astronomie indienne, par où il me sera plus aisé de connaître les progrès, ou au moins d’apprendre l’histoire de l’astronomie orientale, ce que j’ai toujours ambitionné. » [2]

Pour autant que Delisle soit parvenu à réaliser cette ambition, c’est cependant à d’autres « Orients » encore qu’il le doit. Dans le Mémoire lu en 1728 à Saint-Pétersbourg, ce n’est pas l’Inde, mais le Cathay, qui se voit accolé à la Chine : « En effet, écrit l’astronome, s’il m’est permis de dire sur cela mon sentiment, je suis persuadé que si l’on prenait une parfaite connaissance de l’ancienne astronomie des Chinois en joignant ce que Ulugbeig nous a appris de l’astronomie du Cathay avec ce que les missionnaires nous ont dit de l’astronomie des Chinois ; l’on pourrait facilement accorder la chronologie chinoise avec celle des autres nations dans les faits astronomiques et peut-être en même temps en conclure quelque chose d’utile pour l’astronomie. » [3] Et de fait, la figure d’Ulugh Beg, prince-astronome de Samarcande, joue un rôle important dans l’histoire de l’astronomie que l’on peut esquisser en suivant la documentation réunie par Delisle.

 


[1] Fonds Delisle, portefeuille B1/13, pièce 9. 1.

[2] Lettre à Nicolas Fréret du 18 février 1738, portefeuille B2/4, pièce 6. 4.

[3] Portefeuille A7/10, pièce 8, p. 4.